Plus exactement, les cinq grands enseignements que j’ai pu tirer de la préparation au marathon, mais c’était vraiment trop long comme titre.

La préparation pour mon premier marathon a duré 12 semaines. Douze semaines longues, rythmées par les sorties longues, les fractionnés, les tempo run, les sorties en endurance. Les litres d’eau-qui-pique, les bananes, les massages. Les soirées à l’eau-qui-pique-et-rondelle-de-citron, les plats de pâtes et de pois chiche et les tests de barres tendres.

Je suis passée par un tas de phases, pendant ces douze semaines, de l’euphorie aux frissons en pensant à la ligne d’arrivée, en passant par les larmes, les doutes, l’énervement, la colère, le découragement. Les journées s’enchaînaient sans que je ne réfléchisse trop, sinon, je laissais les baskets dans le placard. La semaine avant le marathon, c’était la semaine de repos, probablement la semaine que j’ai le plus détestée : loin de mes parcours de course et brusquement face à l’échéance, j’ai été un peu perdue. J’ai eu du temps pour faire le point sur les dernières semaines. Et je me suis rendu compte qu’en plus de la capacité à courir plus de quarante deux kilomètres sans m’arrêter, j’avais appris un tas de trucs.

1. l’humilité

Quand on commence à planifier son entrainement, c’est assez facile de remplir les petites cases de sa feuille Excel, en notant que tel jour, ce sera cette allure et que normalement, ce jour-là, je devrais être capable de courir comme ça. C’est aussi très facile de se surestimer, parce que, eh, après tout, si je peux courir 10km à 5’00, je devrais pouvoir le faire pendant plus longtemps (non, évidemment, mais tant qu’on l’a pas vraiment expérimenté, c’est dur de se freiner).

Dans les faits, on est rapidement confronté aux difficultés et à la limite que l’inconnu des longues distances peut imposer. Les sorties longues sont, pour la plupart, de vraies découvertes : jamais avant la prépa je ne m’étais imaginé partir courir pour plus d’1h30 « juste pour le plaisir ».

Alors, il y a eu des séances que je pensais boucler sans aucun problème et qui ont été les plus difficiles. Je me rappelle avec douleur une sortie longue, qui n’était pas censée être insurmontable – 1h50 -, que j’avais décidée de faire le long du Canal Lachine. Une ligne à peu près droite, arborée et agréable, qui est plutôt chouette pour les sorties longues : un aller, un retour, c’est bouclé, on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer du paysage, il y a des points d’eau assez régulièrement, et suffisamment de passage pour ne pas se sentir totalement abandonné.

Et puis non. J’avais pris mon vélo pour descendre au vieux port, j’ai commencé à courir, et ça n’allait déjà pas. Trop chaud, trop soif, faim, mal aux pieds, pas envie, playlist qui fait n’importe quoi, brassard qui tombe. J’avance, je regarde ma montre, mon allure est mauvaise, je suis pas régulière et je suis lente alors que normalement, j’y arrive et puis je m’énerve. Alors au bout d’un moment, j’ai baissé les bras. Après huit semaines impeccables, je me suis aperçu que, oh surprise, on ne peut pas toujours être au top de sa forme. Et cela m’a fait un vrai choc, parce que depuis mes quelques années de running, c’était la première fois que je n’arrivais pas au bout d’une séance et que mes jambes refusaient, tout simplement, d’aller plus vite.

Lorsqu’on prépare un marathon, il y aura inévitablement des journées sans. Parce qu’on est humains, que c’est comme ça, que le corps a parfois des moments plus compliqués. Il faut savoir être assez humble pour s’en rendre compte, pour les anticiper mentalement et pour ne pas se focaliser sur une séance ratée.

Ce jour-là, après les 8 derniers kilomètres terminés péniblement à pied (c’était vraiment une mauvaise séance), j’ai beaucoup pleuré, j’ai mangé des pâtes et j’ai rangé cette séance dans le tiroir des journées où l’ego est un peu écorché.

2. la volonté

Évidemment, il en faut, de la volonté, pour préparer un marathon, ça, je le savais. Je savais sans doute pas à quel point c’était vrai. De la volonté pour ralentir les apéros-gin-to et les remplacer par des apéros-à-l’eau, de la volonté pour ralentir le rythme sur les autres activités physiques, parce qu’il faut apprendre à ménager le corps. De la volonté pour sortir du lit à 6h, pour la séance d’endurance avant le travail, de la volonté pour enfiler les baskets même s’il pleut, de la volonté pour se coucher tôt, pour ne pas partir trop vite, pour ne pas s’arrêter.

Ces douze semaines de travail forgent petit à petit le mental, et lorsque je sentais que je flanchais un peu, j’essayais de visualiser la ligne d’arrivée et de me rappeler que je m’étais promis, il y a quelques années, de boucler mon premier marathon avant mes trente ans.

3. le repos

Le repos fait partie du plan d’entraînement : voilà là mon gros apprentissage. C’est un truc que j’ai mis du temps à comprendre et à accepter – et c’est un truc que j’oublie dès que je suis hors période de préparation. J’ai toujours fait beaucoup de sport, sans vraiment penser à me ménager des journées off. Mon rythme était assez simple : tant que je tiens debout, je continue, lorsque je suis épuisée, je m’arrête une semaine, ça suffira. Évidemment, c’est mauvais, je le déconseille, ne faites pas ça, jamais, jamais, jamais. Les premières semaines de mon plan, j’avais juste intégré mes sorties running dans mon planning sportif, sans pour autant enlever d’autres séances. Cela donnait des trucs totalement improbables du style le lundi, je cours et je vais au RPM, le mardi, je cours, je vais au BodyPump et au yoga, le mercredi, je fais du fractionné et j’enchaîne avec du RPM, avec, en apothéose, le samedi et mes 3h30 passées à la salle de sport. Toute ma semaine ressemblait à ça, et évidemment, j’ai tenu trois semaines.

À l’image de la course en elle-même, la préparation est un travail de fond. Oui, les sorties en endurance fondamentale sont chiantes comme la pluie, mais ce sont des séances clés. Oui le renforcement musculaire c’est important, mais c’est une stupidité sans nom que de vouloir en faire tous les jours, et trop. Bref, j’ai frôlé le sur-entraînement, j’ai fait une Spartan qui m’a achevée et j’ai passé une semaine au lit, incapable de me lever.

Alors, maintenant, j’essaie de m’en rappeler : c’est inutile de trop en faire, c’est contre-productif et mauvais. C’est bien de vouloir faire du sport, mais c’est comme tout, il faut savoir doser.

4. le transit intestinal

Alors j’ai jamais dit que ce billet allait être totalement glamour, mais c’est tout de même important. Un marathon, c’est trois ou quatre heures de course, auxquelles il faut ajouter le transport, et l’après : excusez-moi, mais si vous n’avez pas fait caca avant de partir, vous allez le payer à un moment ou à un autre.

Alors, pendant ces douze semaines de préparation, j’ai également appris à aller aux toilettes avant d’aller courir, apprendre à manger ce qu’il faut pour aider – ou pas, je ne connais pas vos intestins. Il y a eu des ratés – par chance, les deux fois où ces ratés se sont produits, j’étais pas trop loin de chez moi, mais il vaut toujours mieux que les ratés se fassent pendant la prépa plutôt que le jour J.

Ma formule était assez simple : les jours où je sortais courir à jeun, je mangeais des féculents le soir, en limitant les fruits et légumes ; les jours où je sortais le matin, mais pas à jeun, je buvais du café trois heures avant pour, euh, pour aider le travail (chacun ses trucs). Pour les entraînements le soir, c’était un peu moins compliqué, j’évitais juste la grosse assiette de crudités à midi, et le litre de tisane ou de café de l’après midi était remplacé par beaucoup de petites gorgées d’eau, jamais glacée.

5. s’écouter et se faire confiance

Même si j’ai parlé de volonté un peu plus haut, j’ai dû aussi apprendre à m’écouter, à écouter les petits signaux de fatigue de mon corps. Apprendre à décider qu’aujourd’hui, ce n’est pas de la flemme, c’est vraiment de la fatigue physique et qu’il vaut mieux sauter une séance, apprendre à s’adapter, ce n’est pas grave si on fait un peu moins que prévu, ou un peu moins vite. Apprendre aussi à lâcher un petit peu la montre et à courir en s’écoutant, en essayant d’évaluer la zone de confort, la zone de rouge, la zone du « c’est presque trop, mais pas encore ». Bref, apprendre à écouter un petit peu, pour une fois, le corps qui va nous porter pendant quarante deux kilomètres le jour J.

Et le reste

Apprendre à ne pas oublier la crème anti-frottements avant de sortir, à courir sans musique, parce qu’on ne sait jamais ce qui peut se passer le jour J, apprendre à courir en ayant trop chaud, parce qu’en septembre à Montréal, il peut encore faire très chaud, apprendre à courir les pieds mouillés, apprendre à rester régulier, apprendre à manger comme il faut et quand il faut.

Apprendre aussi, après, à se reposer, à accepter aussi que l’on a peut-être un peu perdu en souplesse ou en force, mais que ce n’est pas bien grave. Réapprendre à vivre pour autre chose que pour cette ligne d’arrivée, réapprendre à trouver d’autres exutoires, réapprendre à faire autre chose que courir, courir, courir. Apprendre à ne pas porter sa veste de finisher partout, parce qu’il arrive un moment où cela devient ridicule.

Et puis, apprendre à sourire et apprendre à être fière de soi.

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