Ça fait quelques semaines qu’on vous propose des billets en tous genres, vous vous dites, super encore un blog sportif aux photos instagram parfaites avec des gens parfaits qui ne font que véhiculer les bons vieux stéréotypes autour de la performance, de si tu fais pas de sport t’es trop nul·le, de la minceur, aussi. Alors figurez-vous que justement on (Camille surtout) a monté ce blog pour parler aussi de toutes les « défaillances », petites ou grosses qui viennent encombrer nos esprits et nos corps, que ce soient les prouts de Camille pendant le marathon (je me devais de le rappeler), les blessures, la motivation parfois introuvable pendant des semaines, les règles, la transpiration, les cheveux collés au visage et j’en passe.

J’avais, pour ma part, envie de parler d’un sujet parfois un peu douloureux, de l’acceptation de soi, petit bout par petit bout grâce au sport en partie. J’avais envie de vous parler de mes « gros » mollets.

Eux et moi, on a une relation un peu particulière, depuis toujours. Ça a commencé à la maternité, alors que ma maman, les yeux plein d’amour (et de cernes, ne nous voilons pas la face) écrivait dans mon livre de naissance (i.e. le truc dans lequel on ne se lance que pour le premier enfant et qu’on ne finit jamais) que mon papa trouvait que j’avais les yeux bleus de mon arrière grand-mère alors que pour sa part, elle a uniquement noté « de jolis petits mollets » et qu’il neigeait. Voyez, ça commençait déjà bien.

Ensuite l’enfance a fait son travail, mes mollets et moi nous entendions plutôt bien, ils couraient aussi vite que mes baskets, grimpaient partout, sautaient à l’élastique et à la corde pendant des heures, au grand dam de mon entourage, certes.

Puis l’adolescence est arrivée, comme une grande claque, avec ses modifications corporelles jamais comme on voudrait, le rapport aux autres qui évolue, le rapport à soi qui devient n’importe quoi. J’ai détesté l’adolescence, pour de vrai, l’impossibilité de trouver ma place, entre une personnalité trop timide, une famille un peu éparpillée, et un collège-lycée privé sous contrat et tout le tralala dans lequel je reste persuadée que je n’aurais jamais dû mettre les pieds. Alors qu’est-ce qu’on fait quand c’est comme ça ? On se concentre sur sa petite personne, on se scrute, s’observe, se remet en question, se compare aux autres dont la vie a toujours l’air un million de fois plus chouette. Évidemment, comme dans tous les bons téléfilms, on se rendra compte bien plus tard qu’on était loin d’être à plaindre. L’ado, cet être ingrat.

Bien entendu, je n’ai jamais eu d’acné (ce qui ne m’a pas empêché de me décaper la peau au biactol puisque mon grand frère le faisait, évidemment), je n’ai jamais eu le problème ô combien classique des « grosses » fesses que l’on cache sous des gilets Petit Bateau mais pas celui à rayures parce que c’est bien connu les rayures rendent tout plus gros (non). Non mes problèmes à moi se concentraient sur mes mini-boobs et l’énormité de mes cuisses et mollets. Il était donc hors de question de porter des shorts ou jupes laissant entr’apercevoir quoique ce soit au dessus du milieu de mes tibias. Quand on connaît ma taille de minipouce, on imagine facilement comme ça m’allait merveilleusement (toutes les photos de cette époque ont été brûlées, de l’avantage d’être née dans les années 80).

Alors que mes mini-boobs ont, eux, été relativement vite acceptés, la taille de mes mollets, quant à elle, n’a jamais eu l’air de s’harmoniser avec le reste de mon enveloppe corporelle jusqu’à mes 27 ans.

Evidemment, j’ai beaucoup pleuré à tenter d’enfiler de vilaines bottes soit-disant stretch, encore plus à essayer d’y faire entrer mes jeans en plus de mes mollets. J’ai été plus que vexée d’essayer des jeans slims de la grosse marque espagnole pas (très) chère, et de me retrouver déguisée en officier allemand de la WWII.

Et puis j’ai quitté Paris pour Montréal, avec ses hivers grandioses et (surtout) interminables, et ses étés chauds et moites. Avec ses habitant·e·s, dehors au moindre rayon de soleil. Avec ses habitant·e·s qui s’habillent en fonction du temps et de leur propre conception du style, aux antipodes des Parisien·ne·s, qui, eux, s’évertuent à avoir les pieds mouillés dans leurs souliers tous identiques en cuir marron ou noir les jours de pluie, parce que les bottes de pluie, vous comprenez, ça ne va avec rien. J’ai découvert un monde où l’on assume d’avoir froid en ressemblant à des mascottes pneumatiques des mois durant (vaut mieux sinon tu meurs en fait, du coup c’est pas très pratique). Un monde où l’on assume d’avoir chaud, aussi, où les gens se promènent en robes, en jupes, en shorts plus courts que le plus court de tes poumpoumshorts, et ce quelque soit leur physique, sans que personne ne dise rien, sans que personne ne juge.
Imaginez un peu.

Un monde où l’on assume aussi de faire du sport, d’y consacrer du temps, pas seulement pour être fit mais pour se sentir bien.

Alors, émerveillée par le beat de la ville, je me suis remise à courir, puis à jouer au squash, puis au crossfit, puis à tester tout ce que j’avais envie de tester en fait. D’abord dans mon coin, en leggings même pas jolis, puis seulement avec des amis choisis, parfois en short, puis seulement dans un gym féminin puis, puis, puis. Petit à petit, porte par porte, cercle par cercle, Montréal m’a fait prendre conscience que – petit 1 – la vue de mes mollets n’embarrassait que moi, et – petit 2 – mes chers mollets et autres muscles apparents me permettaient de performer sportivement parlant. Bon pour le ping pong c’est pas hyper utile, mais le ping pong c’est comme le jenga, c’est pas vraiment un sport.

Alors certes, je ne rentrerai jamais dans ces maudites bottes et les bustiers me taillent des épaules de Hulk, en moins vert. Mais, je suis pourvue de muscles, que ce soit au niveau des jambes, des bras, du dos, des épaules, et c’est ce qui me permet de grimper, de courir, de tenir sur les mains (un peu), de soulever de la fonte si ça me chante, de faire des pull-ups, des push-ups et autres squats, c’est ce qui me permet de m’épanouir, d’être parfois fière de moi. Et vous savez quoi, en franchissant les lignes d’arrivées, en grimpant sur quelques montagnes parfois avec des bûches sur le dos, en finissant des voies parfois interminables ou tout simplement en montant les infernales côtes à vélo, et bien mes gros mollets, au final, je ne les échangerais pour rien au monde.

Ode gros mollets | Quarante deux kilomètres - histoires de sport

Et messieurs les vendeurs de guêtres de compression, arrêtez de me regarder avec des grands yeux quand je vous dis que non, je ne rentre pas dans du S ni même dans du M.

Les filles aussi, ont le droit d’avoir des muscles.