On est à la veille du triathlon, et comme toujours la veille d’une course, il y un mélange de peur, d’excitation, de hâte et presque de regret d’y être déjà et d’envie, assurément, de  vouloir tout recommencer sitôt la ligne d’arrivée franchie.

La peur, évidemment, même après des années de courses officielles, de dossards retirés, d’échauffements un peu fébriles, les trois secondes avant le départ, yeux fermés pour visualiser parcours, montées, descentes et ligne d’arrivée et le vide complet, c’est maintenant, il faut y aller. Cette fois-ci, un triathlon : c’est une grande inconnue et une somme de premières fois.

Ce triathlon, on en parlait avec Célia depuis quelques temps, un peu comme une idée lancée en l’air, sans vraiment trop savoir si on irait jusqu’au bout : j’aime nager, mais cela faisait bien longtemps que j’avais arrêté, j’aime le vélo, mais je n’en ai jamais vraiment fait autrement que pour me déplacer en ville, si je mets de côté la fois où, à 15 ans, on avait pris nos VTT avec ma meilleure amie pour aller à la piscine, à 18 kilomètres de là, avec des Babybel comme goûter dans nos sacs qui étaient arrivés complètement fondus parce qu’il faisait 35°C dehors, on avait pas pris d’eau, on était épuisées, on était restées une demi-heure à la piscine et on avait appelé nos parents pour venir nous chercher tellement on avait pas le courage de rentrer en vélo, voyez un peu si cette expérience vélo me donnait envie d’aller plus loin.

Mais j’avais envie d’autre chose que la course, avec le marathon en septembre, je savais que j’allais avoir envie de varier un peu et de découvrir d’autres choses avant de retourner me concentrer sur l’objectif des 42.195. Et puis, surtout, j’avais envie de partager quelque chose comme ça avec Célia, parce que cela fait longtemps qu’on s’entraine ensemble, et que j’avais envie d’aller un peu plus loin dans cet entrainement à deux, avoir un objectif qui nous pousse un peu plus loin que ce qu’on pense pouvoir donner.

Et puis, à force de lire sur les blogs de ceux et celles que je lis & suis depuis pas mal de temps, ça me titillait vraiment de me frotter à ces trois disciplines.

Bref, cela faisait quelques temps qu’on parlait du triathlon, « demain, on s’inscrit », en hésitant entre le format olympique, ou, prudentes, le format sprint – et sans vraiment avoir de matériel non plus. C’était un petit peu un truc approximatif, jusqu’au jour où, installées dans mon café préf’ d’amour, on a validé l’inscription. 15 juillet 2017, triathlon format Sprint (750 m de nage, 20 km de vélo, 5 km de course), à Magog – parce que le papa de Célia nous a rappelé que lorsqu’on commence à courir, on commence rarement par un marathon et qu’il serait toujours temps, après, de tenter des olympiques ou des Ironman – évidemment qu’on y pense déjà.

À partir de là, on a établi un petit plan de bataille ; pas vraiment de plan d’entrainement précis, mais plutôt quelques lignes directrices.

Comme on avait ni l’une ni l’autre le budget pour investir dans un vélo, on a continué à faire du RPM en salle, jusqu’à 5 ou 6 semaines avant le jour J, où on s’est mises en quête de vélos – prêtés pour commencer, si on aime, on investira !

On est allées nager deux ou trois par semaine, Célia nous mitonnant des entraînements plus ou moins difficiles (souvent plus que moins, pensée émue pour ce 2 x 800 m avec des sprints dedans, qui m’ont presque fait vomir dans l’eau – sensation très intéressante, mais pas forcément agréable, je vous l’assure), dont on ressortait la plupart du temps affamées – je crois que j’ai faim tout le temps depuis que j’ai recommencé à nager.

Je gérais la partie course, mais c’est de loin la partie qu’on a le moins travaillée : on verra bien si ça nous fait défaut demain.

Mais voilà, on s’est préparées, on a travaillé (un peu) nos transitions, on a appris à boire sur le vélo avec une main en étant dans une posture aérodynamique (c’était pas gagné, cette affaire, et j’espère ne pas avoir trop soif en pleine descente, parce que je serai probablement incapable de lâcher mon guidon), on a appris aussi à prendre des virages comme il faut (avec quelques ratés), on est allées nager en eau libre, ressortant de là avec des algues sur les cheveux et les lèvres un peu bleues, on a couru après avoir roulé, on a roulé après avoir nagé, on a goûté des barres tendres, on a appris à gonfler comme il faut nos vélos, bref, on a fait ce qu’il fallait pour être prêtes.

On a même, c’est dire à quel point on s’est investies, décidé d’acheter de la prot’ en poudre, parce qu’on sentait qu’on avait un peu de mal à bien gérer la nutrition sans un petit coup de pouce (c’est vraiment pas très bon, je cherche encore un moyen de rendre ce truc mangeable/buvable) (j’ai presque mis au point une recette de petits biscuits à base de patate douce, poudre de protéine et farine d’épeautre, mais il me reste encore quelques petits ajustements avant de vous la proposer, sous vos yeux mi-ébahis et peut-être mi-dégoûtés aussi). Je vous reparlerai probablement de mon point de vue à propos de ça, d’ailleurs, parce que je suis très partagée.

Alors, comme toutes les veilles de courses, on se demande comment ça va se passer, est-ce que l’eau va être froide, est-ce qu’on va se prendre des coups de pieds partout, est-ce qu’on va faire correctement les gestes, casque-chaussures-eau-barre-tendre, ou l’inverse, mais en pensant toujours au casque en premier, est-ce que les jambes vont être là, quand même, à la course, même si c’est petit, même si c’est pas long, même si c’est la fin et même si on sait que c’est maintenant qu’il faut tout donner. Comme toutes les veilles de courses, le petit compte à rebours, demain à cette heure-ci, on prendra le départ, demain à cette heure-ci, on pourra afficher fièrement nos médailles sur Instagram et demain à cette heure-ci, on sera probablement en train de prendre un bain glacé pour remercier les jambes de leur effort.

Et puis, oh, oui, cette petite pointe de regret, déjà, parce que finalement, je crois que ce que j’aime le plus (enfin, presque, juste après la médaille, quand même) de ces épreuves, c’est cette préparation, ces semaines de travail avec un seul objectif au bout, ces matins fatigués, yeux cernés et encore à demi-fermés, ces muscles que l’on voit un peu se transformer, cette force mentale, aussi, que l’on peut développer, cette rage d’aller plus loin, plus vite et cet apprentissage constant de soi-même.

Alors voilà. Demain, c’est triathlon et comme dans toutes les courses, quoi qu’il arrive, on sait qu’on aura gagné.